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L'histoire des Instituts Pasteur du Maghreb



Le séminaire tenu à Tunis les 1er et 2 juin 2012 sur "l’Histoire orale des Instituts Pasteur (IP) du Maghreb", a été organisé en partenariat entre l’Institut Pasteur de Tunis, l’Institut de Recherche sur le Maghreb Contemporain (IRMC) et l’Institut français de Tunisie (IFT), avec le soutien de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), de l’Association Tunisienne de Droit à la Santé (ATDS) et de l’Université Virtuelle de Tunis (UVT).

 

Ce séminaire a réuni à l’Institut Pasteur de Tunis une quarantaine de personnes, praticiens ou chercheurs, dont trois directeurs de l’IP de Tunis depuis l’indépendance (Amor Chadli, ancien médecin de Bourguiba et directeur durant plus de 25 ans ; Koussay Dellagi, directeur durant 17 ans ; Hechmi Louzir, actuel directeur, en poste depuis 7 ans), ainsi que Mohamed Hassar (ancien directeur de l’IP du Maroc), Mohamed Tazi (directeur de l’IP d’Alger), d’illustres membres des Instituts (dont Alexis Cumbaras, Fadhila Boulahbal, Maurice Huet, Marie-Françoise Kennou) et des chercheurs spécialisés (Jean-Pierre Dedet, Claire Fredj, Benoit Gaumer, Anne-Marie Moulin).

 

Trois ateliers thématiques ont interrogé tour à tour l’identité pasteurienne, la transmission et la mémoire, ainsi que les perspectives des IP du Maghreb, entre recherche scientifique et santé publique :

 

  • Lors du premier atelier, les participants ont montré comment l’identité pasteurienne se bâtissait à la fois en référence à des hommes illustres (Charles Nicolle à Tunis, Georges Blanc au Maroc, les frères Sergent en Algérie, Émile Roux…), à des réseaux de ressources humaines ou de structures disséminés de par le monde et contribuant à une forte mondialisation du savoir, mais aussi à des valeurs et croyances humanistes (la recherche du savoir liée à celle de son application, la curiosité et le « dévouement » des pasteuriens) ;

 

  • Le second atelier a abordé la question de la transmission du savoir scientifique et des « savoir-faire » particuliers, en évoquant, d’une part, la transmission écrite des connaissances, matérialisée par la revue des archives de l’Institut Pasteur, créée pour rassembler les savoirs et guidée par les normes académiques universitaires ou les impératifs de langue - avec suprématie du français puis de l’anglais - et, d’autre part, les cours qui, rassemblés, notamment à Tunis, sous forme de « management social du savoir », contribuent par la transmission orale à créer un esprit de corps et une coopération entre disciplines ;

 

  • Enfin, le troisième atelier, qui portait sur le thème du positionnement des IP entre science et santé publique, a permis d’aborder certains grands enjeux auxquels se trouvent confrontés les instituts :
    • la logique de la production pharmaceutique, pas toujours compatible avec les exigences de la vie de laboratoire, les expérimentations pratico-scientifiques, ou encore le rôle de l’Etat face à la distribution des produits ;
    • le rapport des Instituts Pasteur souvent difficile avec les facultés de médecine et l’enseignement, variable selon les spécificités des instituts (très cloisonné au Maroc, facilité en Algérie, par la présence ancienne des institutions universitaires ou des coopérants, mais soumis à une histoire chaotique depuis l’indépendance, et, enfin, riches en techniciens et politiquement institués en Tunisie grâce à la présence d’un directeur « relais » entre elles et au statut de chercheur-biologiste) ;
    • la distinction fondamentale à établir au sein des IP entre la veille sanitaires et la veille scientifique : la première est l’état des lieux permanent qui doit aboutir à un diagnostic clinique dans une situation donnée, alors que la seconde – qui se situe en amont - consiste en la recherche de paramètres qui constitueront les indicateurs de la veille.

 

Ce séminaire, dont les débats furent très denses et passionnés, et les témoignages humains souvent émouvants, s’est conclu sur l’importance que revêt la compréhension du passé pour appréhender au mieux les enjeux de l’avenir. Les Instituts Pasteur de Tunisie, d’Algérie et du Maroc, uniques en leur genre et qui ont permis depuis la vaccination à la science moderne de faire irruption dans les sociétés du Maghreb, doivent désormais s’adapter et « anticiper » leur avenir auprès de l’autorité publique s'agissant de leurs statuts tout d’abord  (EPST, EPIC, autres…), mais également de la définition de leurs missions : (i) renforcer la recherche et la formation sur les agents infectieux en lien avec les technologies d’avenir ; (ii) réaffirmer leur rôle de laboratoire de santé publique en collaboration avec les institutions environnantes ; (iii) s’interroger sur leur fonction de production, qu’il conviendrait peut-être d'abandonner, les normes devenant toujours plus dangereuses et plus difficiles à assumer institutionnellement.

 

Enfin, ces échanges ont montré la nécessité accrue, par delà les spécificités nationales, d’une mutualisation internationale des moyens et des savoirs par la construction d’une plateforme technologique des Instituts Pasteur.

 

Ces deux journées ont contribué à la préparation des commémorations du 120ème anniversaire de la création de l'Institut Pasteur de Tunis, qui se tiendront en 2013 et auxquels participeront l'IFT et l'IRMC. 

 

Pour consulter le programme du séminaire.

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IP Progr 1 et 2 juin.2.doc60 Ko
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